mercredi 18 janvier 2023

Publié dans Les Echos le  décembre 2022

La COP 21 s’est conclue en 2015 sur l’objectif de limiter le réchauffement par rapport au 19e siècle à 1.5 degrés. Nous en sommes à 1.2 degrés. La hausse dépassera 2 degrés en 2100 et continuera tant que les émissions nettes de gaz à effet de serre seront positives. Or les français en émettent actuellement 9 tonnes par an, en incluant les émissions induites par nos importations. Ces émissions ont baissé de 23% depuis trente ans mais elles devraient baisser de 22% en moins de dix ans pour tenir nos engagements à 2030 et de 75% par atteindre des émissions nettes nulles en 2050. A cet horizon, notre budget carbone annuel sera de 1.1 tonne de CO2 par habitant.



Ce défi nous imposera des changements majeurs : une tonne, cela correspond à trois allers en avion pour le Qatar, 4000 km en voiture thermique ou ce qu’émet la construction d’un mètre carré de logement. Une alimentation végétarienne consomme à elle seul le tiers de ce budget carbone : quels que soient les efforts individuels pour éviter la viande ou les emballages inutiles, des transformations massives seront nécessaires dans la façon de produire, de transformer et de transporter nos aliments si nous voulons avoir une chance de tenir les objectifs à 2050.

Dans ce contexte, le premier risque est le renoncement – considérer que la tâche serait d’une telle ampleur qu’une hausse sans fin des températures serait une fatalité. Ce serait une insulte à la fois aux générations futures et à l’intelligence de celles d’aujourd’hui. En effet, des transformations massives et naguère jugées inatteignables ont pu être réalisées pour éliminer les produits responsables du trou de la couche d’ozone. L’économie mondiale a survécu à la fin à l’ignominie de l’esclavage, se privant d’une force de travail peu couteuse sans substitut évident à l’époque. Le monde a su vivre avec moins d’énergie – certes d’une façon très différente – à des époques auxquelles nos solutions de maitrise de l’énergie étaient peu développées. Enfin il existe déjà des moyens pour réduire fortement les émissions – passer d’une électricité au charbon à une électricité nucléaire permettrait de diviser par près de 200 les émissions – auxquelles il ne manque qu’une volonté cohérente dans le temps.

Plus pernicieux est le risque de l’insignifiance – préférer une multitude de petits pas à quelques grandes enjambées tout en pensant apporter une contribution suffisante au défi climatique. C’est d’autant plus tentant qu’une « coalition du greenwashing » se met en place pour nous conforter dans l’idée qu’il vaut mieux éteindre sa box internet (quelques kilos de CO2) plutôt que revoir ses destinations de vacances (quelques tonnes), investir « vert » plutôt que financer des travaux à son domicile, se contenter d’annonces peu quantifiées (certaines entreprises feraient mieux de ne rien faire ou de planter des arbres), refuser des régulations efficaces ou promouvoir le financement de chimères technologiques aux détriments des solutions éprouvées et de voies scientifiques prometteuses.

A l’inverse, la solution n’est pas d’imposer un mode vie unique donnant à certains le droit de considérer comme superflu pour les autres ce qu’ils ne consomment pas. Une saucisse ou un kilomètre en taxi génèrent autant de CO2 : ceux qui consomment les seconds mais pas les premières devraient éviter de critiquer le choix inverse au nom de la cause climatique. Et noter qu’une polémique sur le choix entre steak et climat émettra en CO2, parce qu’elle sera relayée des milliers de fois sur internet, plus de 6000 « équivalents saucisses».

Ce qui importe, c’est que chacun fasse des efforts suffisants en restant maître de ses choix. Il faut pour cela un mètre-étalon commun : le prix du CO2. Il doit inspirer toute décision prise au nom du climat, être accompagné par des aides compensatoires aux revenus pour les plus modestes et une politique de recherche ambitieuse. Il faut enfin une communication factuelle, moins soucieuse de storytelling que d’assurer que les efforts progressent au rythme nécessaire, en France et dans le monde.

Vincent Champain est dirigeant d’entreprise et co-président de l’Observatoire du Long Terme, think tank dédié aux enjeux de long terme.


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