mercredi 14 septembre 2022

Publié le 12 septembre 2022 dans l'Opinion.


Le changement climatique est une menace d’une ampleur exceptionnelle à moyen terme, qui interdit toute approche qui provoquerait le rejet par une large part de la population des changements de modes de vie qui seront nécessaires. Or chacun a une vision différente des consommations dont on peut se priver sans efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Une montre de marque comme celle portée par Aurélien Barrau sera un luxe inutile pour certains, une satisfaction plus importante qu’une voiture du même prix pour d’autres. Une saucisse ou un kilomètre en taxi génèrent 150 grammes de CO2 : faut-il critiquer ceux qui consomment les premières mais jamais les seconds ou ceux qui font le choix inverse ? La 5G est dénoncée par certains, par ailleurs amateurs de café. Mais une cafetière électrique consomme en 6 minutes autant d’énergie qu’un téléphone en un jour. Les partisans de la décroissance plaident (sur internet) pour l’arrêt du digital et le retour à la terre. Mais stocker des centaines de photos dans le cloud consomme une quarantaine de grammes de CO2, autant qu’un tiers de tomate, 2 grammes de viande ou trois pommes de terre : doit-on interdire le cloud ou le hachis parmentier ? Notons enfin qu’un tweet émet une dizaine de grammes de CO2. Une polémique sur le choix entre steak et climat relayée des dizaines de milliers de fois génère une tonne de CO2, soit 6666 « équivalents saucisse ».

La lutte contre le réchauffement climatique ne peut se réduire à la chasse aux boucs émissaires, ni consister pour certains à considérer comme superflu pour les autres ce qu’ils ne consomment pas. Cela ne peut qu’aboutir à une approche bureaucratique et non acceptée. Bureaucratique par le suivi des consommations de chacun et leur positionnement sur l’échelle du superflu. Le nécessaire, le désirable et le superflu varient d’une personne et d’un pays à l’autre. Il ne sera pas possible de réduire notre empreinte carbone en définissant une échelle universelle du superflu qui aboutirait à imposer un mode de vie unique. Comme le montre Christian Gollier, un système de prix basé sur le contenu en carbone de chaque bien et service conduira chacun à adapter sa consommation sans idéologie. Ce système est plus souple et sans doute plus acceptable s’il est bien expliqué, car il laisse chacun adapter sa consommation en fonction de ses préférences mais en tenant compte des émissions de carbone induites. Surtout, il ne ferme pas la porte à l’innovation : l’électrification a mis fin aux lampes à pétrole puis le développement des LEDs a divisé par dix la consommation d’énergie des ampoules. On n’en serait pas là si on s’était focalisé sur la définition du type de lampe autorisé.

En réalité,  aucun mode de vie humain n’est ‘minimaliste’ en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Une vie humaine se distingue en effet d’une existence animale par des activités toutes ‘superflues’ : faire du sport, lire un livre, assister à un spectacle, rendre visite à des amis, acheter un jouet à un enfant ou débattre du climat avec des inconnus sur les réseaux sociaux. Aucune de ces actions n’est indispensable et il n’existe pas de règle acceptable par tous pour définir une priorité entre elles. Une approche basée sur les jugements de valeur de certains sera inévitablement rejetée et ouvrira des débats stériles qui nous éloigneront des vraies solutions. Laissons aux amateurs de barbecue à leurs saucisses et côtes de bœuf, sans les juger mais en assurant qu’au total, grâce à des signaux prix, leur mode de vie global évolue, comme celui de chacun,  pour contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Gilbert Cette est professeur d’économie à Neoma Business School

Vincent Champain est dirigeant d’entreprise et président de l’Observatoire du Long Terme

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