mardi 18 juin 2019

Publié dans Les Echos le 18 juin 2019.



La science fiction nous promettait des voitures volantes, mais il ne suffit pas d’anticiper les possibilités de la technologie pour prévoir l’évolution d’un marché. Il faut aussi prendre en compte l’évolution des besoins ou de la régulation.

Le besoin de mobilité va être impacté par une forte augmentation de l’urbanisation : les deux tiers de la population mondiale vivront dans des villes en 2050, contre la moitié actuellement.  La croissance se déplacera vers l’Asie et l’Afrique. Par ailleurs, la prise en compte des coûts induits par le transport va augmenter. Les efforts consacrés pour limiter les émissions nocives du transport appelleront à de nouvelles solutions. Les émissions liées au transport tuent 110.000 personnes par an en Chine – qui commence à s’en soucier - et 70.000 en Inde. On consacrera plus d’efforts à réduire le temps perdu dans les transports - 15.000 dollars par an à San Francisco. Sans en être certain, on peut enfin espérer que le prix du carbone augmentera en réponse aux enjeux du dérèglement climatique.

Face à ces besoins, la croissance et le pouvoir d’achat des pays développés restent probablement contraints. La richesse des pays émergents augmentera davantage, mais en partant d’un niveau tel que le coût par kilomètre y sera également une priorité. L’investissement et l’innovation seront donc orientés vers le déplacement au sein ou entre les villes et la conciliation des coûts induits par le transport avec un pouvoir d’achat contraint, et tiendront compte des usages en Asie ou en Afrique. 

La technologie nous aidera à résoudre cet écart entre besoins et ressources. L’électrification et gazéification du transport permettront de réduire les émissions nocives des camions jusqu’aux deux-roues. Les capteurs multiplieront dans les véhicules, sur la route et sur leurs usagers – il y a déjà plus de quatre fois plus d’objets que d’individus connectés à internet. La 5G multipliera par mille la vitesse d’internet et le prix du stockage (dix euros par téraoctet et par an) continuera de baisser. Vu la vitesse limitée de l’information dans le cerveau (100m/s, certes sur de faibles distances), nos reflexes seront concurrencés par l’aller-retour et le traitement sur le cloud. Les véhicules  disposeront d’une puissance de calcul élevée permettant de multiplier les aides à la conduite (parking, évitement, suivi d’un tracé…). La route deviendra intelligente afin d’éviter les collisions – à l’instar des systèmes de contrôle aériens - et d’actionner le mode autonome là où il sera autorisé.

Les solutions de mobilité de la trottinette à l’avion seront mieux intégrées grâce à des applications de planification des déplacements sur les moyens répondant aux priorités de l’usager - temps, coût, calories… Les autorités responsables de l’organisation des transports adopteront une approche « holistique », incluant leurs moyens de transport collectif et une régulation intelligente des solutions proposées par le privé. Plutôt que de lancer un chantier par ci et un appel d’offre par là, les villes créeront de véritables « jumeaux numériques » simulant l’évolution des flux de circulation et garantissant une meilleure expérience pour l’usager. La régulation deviendra dynamique – par exemple les limites d’émissions pourront être adaptées en temps réel en fonction du niveau de pollution. En Chine, des caméras permettent déjà de facturer automatiquement le stationnement des véhicules – faisant disparaître les amendes liées au stationnement.

Les pouvoirs publics sont parfois dépassés par l’évolution technologique, par la multiplication des acteurs (10 sociétés de trottinettes à Paris) ou la remise en cause de leur rôle (vélos en free floating au moment où Paris lançait son appel d’offre, VTC répondant à la gestion malthusienne des taxis…). Pourtant, le tout individuel résultant de l’agrégation de solutions de mobilité multiples mais non coordonnées ne répondra ni aux problèmes de congestion ou d’émissions nocives, ni à l’enjeu du coût du transport des plus modestes. Enfin, des investissements que seul le public peut porter seront nécessaires sur la signalisation ou les infrastructures de gaz, d’électricité. Dans les villes comme dans les zones mal desservies, il est donc crucial que les pouvoirs publics occupent pleinement leur rôle de catalyseur d’innovation et d’architecte des systèmes locaux de mobilité.

Francois Barrault, Président Idate DigiWorld

Vincent Champain, Dirigeant d’entreprise et Président de l’Observatoire du Long Terme (http://longterme.org)

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