mardi 11 novembre 2014


Publié par La Tribune

Alors qu’il y a peu, le directeur générale de Microsoft - Satya Nadella - se mettait à dos ses employés à la suite d’un commentaire déplacé au sujet des différences des genres au sein de l’entreprise, les géants de la Tech Facebook et Apple rebondissent sur l’occasion pour annoncer presque simultanément un support financier aux femmes de leurs entreprises pour retarder leur grossesse à travers la congélation d’ovules. Cette action permettrait aux femmes d’évoluer dans leur carrière professionnelle sans être bousculées par l’horloge biologique.

Bien que les entreprises technologiques soient connues pour prendre soin de leurs employés en améliorant leur environnement de travail (par exemple, en installant des salles de massage sur le campus Google ou un pressing dans celui de Microsoft), l’aide au retardement de la maternité va nettement plus loin et soulève un débat très controversé.

Un support et une reconnaissance de la difficulté des femmes à allier maternité et vie professionnelle ? Oui – mais pas que. De nombreuses réactions ont noté le caractère intéressé de cette offre puisqu’il s’agirait de donner aux femmes les cartes pour dédier les années les plus productives de leur vie à leur entreprise.  Cette aide s’inscrirait donc dans une logique de « retour sur investissement » pour les entreprises masquée d’une apparente préoccupation sur l’amélioration du développement professionnelle des femmes.

La congélation d’ovule est une procédé médical relativement onéreux puisqu’il coûte environ 10 000 dollars plus 500 dollars annuels pour la conservation des ovules dans des conditions adéquates. Mais Apple propose également d’autres soutiens financiers dans ce domaine – notamment un « Programme d’assistance pour les adoptions » qui proposerait aux femmes une aide financière pour subvenir aux frais relatifs à l’adoption d’enfants.

Cette innovation apparaît comme une nouvelle tendance dans le monde technologique et les concurrents pourraient être amené à repenser les avantages de leurs employés dans cette même direction. Donner l’opportunité aux femmes de retarder leur grossesse pour organiser plus facilement leur carrière professionnelle pourrait être un tournant dans la relation salariés-entreprises mais aussi dans la conception de la maternité qui deviendrait officiellement une "variable d'ajustement" de la vie professionnelle. Mais au passage, cette mesure ouvre la voie à la « banalisation » de la congélation d’ovocyte, susceptible de poser au passage de nombreuses questions éthiques (utilisation des ovocytes en cas de décès, possibilité de « choisir » dans la banque d’ovocyte,…). 

Comment s'assurer qu'on n'est pas en train de jouer aux apprentis-sorciers ? Il serait aussi absurde de refuser en bloc cette technique sans analyser précisément ses bénéfices, que de la banaliser sans examen sérieux des questions éthiques posées – c’est-à-dire mieux analyser l’ensemble des conséquences et le type de société vers lequel nous emmène cette pratique - et les précautions permettant d’y apporter une réponse humainement acceptable. Et comme souvent, la technologie n’attendra pas que nous ayons ouvert ce débat : qu’on le veuille ou non, des femmes françaises se rendent déjà à l’étranger pour avoir recours à cette pratique.


Laura Ghebali pour le pôle « Technologie et innovation » de l’Observatoire du Long Terme

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